lundi 14 janvier 2008

Sir Satchmo est magique

Ogive Acide se veut souvent langue de pute. Mais Ogive Acide a aussi un cœur. Ou plutôt des coups de cœur. Chaque chose en son temps. Ogive Acide aime Louis. Alors que le sommeil ne venait pas il y a de cela deux nuits, l’Ogive vient de rêver éveillé.

Ségur – Barbès. Le trajet promet d’être longuet. 45mn à tenir, la mission s’annonce ardue. Histoire que tout se passe au plus mal, un pétard t'as mis en orbite depuis quinze bonnes minutes. Sans oublier l’heure : la petite aiguille de ta montre indique bel et bien le 6. Heure de pointe. Enfer et damnation, te voilà piégé dans le ventre famélique du monstre ténébreux, le fameux métro parisien.

Chilling et skateboard duuuuuuuudde

Armé de ton bonnet et de deux mains implantés dans les poches du jean’s, tu te laisses tout d’abord aspirer par les Distillers. Ça gueule, éclate les oreilles et indigne tes partenaires de compartiment. Volume à 32 : il faut bien partager avec ses compagnons de route.

Et là, une image te vient en tête. Une traversée de Paname en skate, casquette vissée sur le crane, musique post-ado à fond dans ton casque. Tu roules, tu roules et profites de cette vision sans queue ni tête pour remercier un pote aux cheveux longs (pas de stéréotypes nan nan). Sans queue ni tête ? Et alors…

Stress et asphyxie

Puis vient le changement sur la ligne 4. Et là, le parfum des Distillateurs de musique sauvage te la joue à l’envers. Rame blindée, métro bondé, pieds écrasés, condition saturée. Toujours sous l’effet stupéfiant, tu entends cette musique qui se met à te stresser, t’ensevelir sous cette masse de gens puants à la tronche de six pieds. Peu importe, tu es leur clone figural.

Finalement, tu sors à Gare du Nord afin de respirer, avaler l’air pur de ta mégalopole. Tu marcheras, ce sera toujours ça. Les punks américains ont fini leurs gammes sur la playlist. Dorénavant place au rock des campus label « 51 nations semi-certifiées». Goldfinger – Superman. Rewind. Lecture. Tu skates, tu skates et tu t’en fous, reprends tout du moins un peu de fougue dans la rue. 3mn05 plus tard, au suivant.

Volupté et utopie

A l’écoute d’une voix rauque et pourtant on ne peut plus belle et chaleureuse, ton visage se transforme. Tes lèvres s’élargissent, tu souris, te sens heureux face à ce que tes oreilles perçoivent. Plus rien ne bouge, plus rien ne compte. Tu écoutes Louis. Ce fameux Louis Armstrong.

Certains trouveront ce fait complètement navrant mais Wonderful World est la musique dont tu parles. Ce chef d’œuvre te transforme pour si peu : le temps s’est soudain forgé en éternité. Les violons te bercent, la guitare te calme sur cette introduction magique. De sa voix chevrotante, Satchmo de son surnom te transporte dans un autre monde.

Peut-être que la société actuelle tire la gueule, sans compter le temps du moment qui ne joue pas en notre faveur. Pourtant, Armstrong te fait voyager, te fait voir ce qu’il chante. Evasion subite. La mine grise de ta ville s’est mutée en tableau multicolore. La vie à une autre saveur, goût doux, sucré et délicieux sur la langue. L'immondice de réalité devient fantomatique. Tu suis Louis, te nourris de ses paroles, imagines ces "blancs nuages", "les couleurs de l’arc-en-ciel si jolies dans le ciel" et "la sombre nuit sacrée" à travers cette perle de 1967.

Armstrong, génie du jazz à jamais, vivant en nos parents comme en nous. Parce que Armstrong était aussi la lumière…et l’est encore. Yes I think to myself ...what a wonderful world.




1 commentaire:

Asp a dit…

Je ne veux pas que ce texte reste sans commentaire. C'est très beau...et il est effectivement magique.