Sortir au Queen, boîte censément branchée de Paris, n’est jamais une bonne idée. Mais bon, cette fois, pas le choix. On devait chopper ou se la coller, telle était la règle. Pis, après tout, j’y avais déjà fait un tour il y a de cela deux ans. Je ne me souvenais de rien si ce n’est que j’étais reparti en rampant tel le lézard de la Despé. Ingurgité. Cette fois, pas de doute, la soirée s’annonçait sous les meilleurs hospices. Videurs sympathiques au QI toujours aussi assermenté, gueules de matons enthousiastes, nombres d’expressions faciales, une (après tout, on ne leur demande que de jouer les durs). Bref, tout se passe bien jusque là.
Pour les vestiaires, même topo. Ni bonjour, ni au revoir, on vous donne simplement un chiffre accompagné d’un ticket. Un sac, un manteau, allez hop, 14€ dans tes petites dents d’étudiant. Tu regardes sur le dancefloor pour voir si ça bouge, s’il y a de la fille ce soir. Vide à minuit. Ok, tu ne t’inquiètes pas, ça va venir.
Objectif, brancher
En attendant, tu te mets à boire. Fais de nouveau cracher le porte-monnaie, la règle d’or est de ressortir comme un champ de blé en été, fauché. De toute manière, pas le choix vu la gueule des verres. Prends un whisky pur, on te met une dose de sirop, une larmichette de fond de verre. Prends une vodka pomme, tu auras l’impression de taper ton jus de fruit au p’tit déj. De mieux en mieux.
Les étudiants ont fait leur entrée, pas trop tôt. Tu tâtes le terrain, regarde à gauche, à droite comme pour les passages pour piétons, sauf que cette fois, tu n’attends pas une voiture mais la fille. Tant mieux, ce soir, il y en cinq à attaquer. Histoire de te faire remarquer, tu te mets en exergue sur le podium. Objectif atteint puisqu’un gogo-dancer, 124 kilos de muscles et un corps capable de te transformer en crevette te pousse à terre. Tu t’en fous, continues de tiser et prospectes.
Bravo, tu as beau discuter avec les unes et les autres, elles se font toutes brancher par des minots et, pire que tout, roulent des pelles à gogo. En discutant avec une pote sur la profondeur de Kant dans le quartier VIP, tu captes l’étendue des dégâts. Orgie totale. Dans un coin, une face d’ange se fait lécher le sein par le Diable, en face une croupe se fait délicatement caresser, au fond deux amants jouent à celui qui mangera le plus la bouche de l’autre. Ta pote se casse, tu te sens un peu seul.

L’attente, l’horreur
Plus moyen de danser puisque le dj a décidé d’occulter Modeselektor, Gui Boratto ou autres génies de l’électro internationale. Guetta, Solveig font vomir les enceintes de leurs tubes de dentifrice. Ça se finit vite mais ça se remplace à chaque fois, se joue en boucle. Bienvenue dans le consumérisme.
Tu te rapproches de l’heure fatidique, celle du bienfaiteur premier métro. Tu attends longuement avec un pote, quant à lui abusé de ne pas avoir trouvé des drogues à son goût. Blase totale. Au bout d’un quart d’heure, le transport fait son entrée sur le quai. A l’intérieur, des Espagnoles claquent des mains et chantent. Tu te fous de ces filles enivrées. Et pourtant… l’une d’elles se lève, te mate droit dans les yeux, regard de taureau au croisement d’un feu rouge. Cette dernière t’engueule, dit qu’elle te comprend, qu'il faudrait s'abstenir de se foutre de sa tronche d'albinos. In compréhension et face innocente t'envahissent.
Elles sortent avant vous, une station plus haut. Tu les regardes et, en guise de "bonne nuit", tu te prends de jolis doigts d’honneur. Charmant. Le lendemain, AF, un autre compagnon de soirée te raconte que, dans le même temps, il tombait une petite dans le taxi de son retour de discothèque. Tu tires la gueule, ta journée est déjà foutue.
Et dire que l’un des sketchs "cultes" de Bigarre se nomme "le lâché de salopes". A croire qu’il n’est pas sorti en boîte depuis 1968. A moins que ça se passe autrement dans sa Champagne-Ardenne natale. Idée à retenir ? Pis quoi encore !!!



